Les départs du pinceau

Le mot “départ” a un caractère singulièrement particulier. Pour l’enfance de notre génération, c’est un des rares à avoir été essentiellement appris par haut-parleur, avec une large gamme de variations tonales et vocales, au gré des humeurs et terroirs des chefs de gare.

Le départ du pinceau nous surprendra donc toujours par son air d’imprévisible, il affectionne le catimini. Il convient d’en distinguer deux types, les plus notoires à mon sens : celui qui se produit en un point situé quelque part en avant d’une ligne hanche – ombilic au-dessus de la feuille de papier encore vierge, et l’autre, depuis la feuille et son espace aérien.

Il y a d’abord la mise en place des outils, procédure huilée comme un parcours en gare. Le véhicule (mental) démarre aussitôt que le pinceau a trouvé sa place entre les doigts, à basse altitude au-dessus du papier. Alors apparaissent les buissons, les poternes, les maisons, les citernes[1], compacts comme les accords plaqués de Thelonious Monk, il en suffit de 2 ou 3 pour retrouver la mélodie complète. Le départ du pinceau, c’est quand on a fini de s’exposer le thème et que l’improvisation commence, peut-être une fois que l’on a repéré l’entrée d’un chemin de traverse ou d’un fructueux détour, quand arrive enfin une part de non-Idée.

Comme vous le savez si vous vous êtes quelques fois penché sur la question, chaque coup de pinceau génère en même temps que la tache d’encre une tache d’espace, de vide à double tranchant. Monk rappelait d’ailleurs avec insistance à ses saxophonistes qu’ils devaient veiller à faire sonner la section rythmique, autrement dit le support. Une mesure d’encre pour faire résonner une mesure de vide-plein, pour occuper la feuille, au deux sens du verbe “occuper”. Ce qu’on ne sait jamais à l’avance, c’est le nombre de mesures d’encre contenues par un pinceau. Certains, rarissimes, arrivent dès le départ à contenir tout le nécessaire, d’autres ont besoin d’un certain nombre de remplaçants et de détours par les réserves d’encre et d’eau.

Le second départ se produit une fois que la feuille est occupée, et qu’elle n’a pas fini d’être occupée. Son signal est aussi discret que celui du premier. Il faut le capter, sans quoi on dérape irrémédiablement de l’occupation à l’Occupation et au probable départ du spectateur.

Paris, 8 janvier 2006

[1] À propos de citernes, voir le poème de Raymond Queneau, in L’instant fatal, coll. Poésie Gallimard, p.38.

笔锋出发

 “出发”一词性格非常独特。在我们这代人的童年里,它差不多是仅有的几个从火车站高音喇叭里学会的词。因车站站长的情绪和籍贯而异,这个词在语调和发音上可谓是千差万别。

毛笔的出发也因它的不可预料而总是令我们惊奇,它喜欢捉迷藏。如众所知,我们可以将它分为两类:一类始于笔锋在宣纸上落成的一个点,在与胯和肚脐一线的上方;另一类则从画成的纸页及其上空离去。

首先要把画具摆上,如同给进站待发的机车上润滑油。毛笔一握在手,低悬纸面,(精神的)机车就同时启动。于是闪过树丛、暗道、房屋、水窖[1],紧凑如孟克的敲击和弦,两三组就足以重现完整的旋律。笔锋出发的时刻,构思过程已然完成,开始了信笔游缰的创意,或许是那一刻,我们选定了穿越路径的入口或一个必要的迂回,也就是“无思”到来之时。

如果您曾对这个问题感到兴趣,那您会知道每一个笔触在留下一个墨迹的同时也生出一个空间的印记,一块利弊兼半的空白。 孟克曾再三提醒他的萨克斯管乐手要注意吹好节奏性段落,或者说主干部分。墨的分寸是为了奏响虚—实的节拍,是为了占据宣纸,法语“占据”这个词也有“照管”的意思。我们永远无法事先知道一支毛笔容纳多少墨量。当然,极少的情况下,它一开始就饱蘸所需之墨,而其他时候则需要换笔或往来于水、墨之间。

第二次出发产生于宣纸已被占据而占据尚未完成之时。它的信号和第一次一样含蓄。应该捕捉它,否则我们会无可挽救地从占据滑向“占领” ,滑向观众可能弃之而去的“出发”。

Figure 26 天窗与帆船,2006,45×33cm

Figure 26 天窗与帆船,水墨宣纸,Lucarne et dériveur, 2006,45×33cm

载法国杂志Le Couteau 2006年1月号

中国《今日美术》2007年第2期,程小牧译

[1] 见雷蒙 · 格诺的诗《致命瞬间》,Raymond Queneau, in L’instant fatal, coll. Poésie Gallimard, p. 38。

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s