Rapport d’activité

Un jour,

la veine s’épuise.

Ce qui marchait ne marche plus.

C’est arrivé en Mandchourie il y a un peu plus d’un an,

alors que la rage de peindre s’impose toujours.

Il reste possible de tout couvrir,

de déverser la couleur cette fois-ci sans mesure,

de renoncer au pinceau, à la touche expressive,

de tamponner au chiffon pour voir la couleur

dans ses variations, ses va-et-vient.

Après ?

On verra mais on voit déjà,

car ce jaune, ce rouge, ce vert tendent vers l’infini.

Il est bon de connaître la monochromie,

il est plus intéressant de l’éprouver, d’y baigner un temps.

Et puis ?

Pas question d’immobiliser ce jaune, ce rouge, ce vert.

Il y a le souvenir de Zohra sur la terrasse de Matisse,

agenouillée sur un tapis bleu qui nous montre qu’il fut orange.

Et le danqing chinois (dan : cinabre, qing : tantôt bleu, tantôt vert, tantôt noir)

qui avant l’avènement du lavis d’encre signifiait « peinture ».

Donc, tamponner du violet sur le jaune, du vert sur le rouge, du rouge sur le vert.

Et continuer en Brie, en Bretagne et de nouveau en Mandchourie.

Quitter les couleurs trop primaires, inviter celles des lichens,

la quinacridone, l’écho de la pourpre, le PR 254, la feuille de vigne,

aller chercher dans les zones peu fréquentées de la gamme.

Ce sont maintenant des polymonochromes, de vrais bruits de fond en foule.

En rester là ?

Peindre de l’infini c’est proposer de l’absolu, c’est une chimère.

Affirmer là-dessus un graphisme?

J’ai dans mes petits carnets une foule d’autres chimères qui se présentent comme telles,

êtres facétieux qui se contorsionnent et font des pieds et des mains.

Là-dessus ?

Oui et non, ce bruit de fond mérite la place d’honneur.

Les chimères seront en réserve,

d’abord faites de quelques lignes de partage au format timbre-poste.

Les voici non pas sur le fond mais dans le fond, faites de bruit de fond,

apparues dans la couleur, chromophanies.

Splendeurs et farces d’un univers chiffonné.

Changchun, 18 novembre 2009, inédit

Figure 29 Paysagiste 2009 100 X 81 cm

Figure 29 : Paysagiste, 2009, 100 X 81 cm

Figure 30 Chromotopie au citron 2011 73X60

Figure 30 : Chromotopie au citron, 2011, 73X60 cm

《色境》系列回味

一日,
筋疲力尽。
曾经可行的陡然失灵。
发生在到达东北一年之后,
无法作画的愤怒奔涌胸间。
可以把一切通通涂掉,

将颜料随意泼上画布,
丢掷毛笔和表现欲的笔触,
用布球敲击出颜色

反反复复,任其变奏。

之后?
我们将看到,而我们已看到,
因为这黄,这红,这绿趋向无限。

懂得单色好啊,
更有趣的是检验它,游弋其间。

接下来呢?
无法阻止这黄、这红、这绿移动。
记起马蒂斯《阳台上的妇人》,
跪在蓝地毯上却让我们看到那曾是橙色。
似中国的丹青(丹:朱红;青:时蓝,时绿,时黑)
在“水墨”登场之前“丹青”意为“绘画”。

那就用布球在黄上拍紫,在红上拍绿,在绿上拍红。

继续在东郊田野、布列塔尼峭壁游荡,然后再来中国东北。
离开原色,向地衣干苔的颜色顶礼膜拜,

喹吖啶:绛红的回声;PR254:葡萄叶色
在色系很少光顾的地方寻觅。

此刻多重单色济济一堂,发自深处的真声。

就在那儿停住?
无休止描画是企望绝对,幻像之魅。
那就执意某种笔法?
在我那些速写本上,变形不请自来,

滑稽小鬼儿翻腾扭动,手舞足蹈。

就在那儿?
是或不是,纵深之音赢得礼遇。
幻象将被储藏,

开始用分割线划成邮票大小的色块,
这可不是在底色之上,而是在底色之中,由纵深之音构筑,

在颜色中显现《色境》。
一个壮丽而诙谐的褶皱苍穹。

Figure 24 色境双连画

Figure 24 色境双连画一,布上油彩 Chromotopie diptyque 1, 2013, 100 X 162 cm

2009年11月18日于长春东北师大,于硕译

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