Plonger dans la couleur

« Faire des recherches sur la couleur peut vous mener à peu près n’importe où ». (David Batchelor, La peur de la couleur)[1]

Il m’a été suggéré de parler de ma création et de mes sources d’inspiration.

Depuis 2008 je peux faire mienne la phrase de Matisse « Je sens par la couleur, c’est donc par elle que ma toile sera toujours organisée »[2]. Je me suis immergé dans la couleur, cette immersion m’a mené à un travail de recherche aussi bien académique que pictural et m’a apporté des sources d’inspiration que je peux classer en trois catégories : ce qui me manque, ce que je découvre, ce que je retrouve.

Je commence à peindre en 1984, une gamme de couleurs s’impose à moi ; celle de la préhistoire, des plus anciens gestes picturaux de l’humanité : ocre jaune, ocre rouge, noir, blanc, complétés par un bleu outremer et un rouge vif. À l’époque je ne savais pas que ces deux dernières couleurs étaient celles des deux principales teintures du monde occidental. De 2002 à 2004, je réalise une série intitulée « Boîtes à l’être » inspirée par mes souvenirs de Séville avec une gamme limitée à trois couleurs : le blanc des murs blanchis à la chaux, le bleu outremer des céramiques, le jaune d’or du coucher de soleil colorant les murs. Je ne connaissais pas encore l’importance de la porcelaine « bleu et blanc » en Chine. De 2004 à 2007, je travaille sur une forme unique ; celle de la jarre, objet commun à toutes les cultures, cette forme unique me mène à quelques variations colorées.

L’étape décisive a lieu à Changchun en 2008. Après avoir travaillé dans une dizaine d’ateliers depuis deux ans et demi, je suis dans un environnement que je vois désespérément gris, les peintres que je fréquente travaillent dans les gris et les bruns, je manque cruellement de sensations colorées. Je décide de déverser du jaune d’or sur un très grand format, je déverse d’autres couleurs sur d’autres grands formats, des couleurs que je n’utilisais jusqu’alors qu’en petites quantités ou pas du tout. Je décide aussi de faire ce qu’il ne faut pas faire : peindre du rouge sur du vert, du jaune sur du violet, du bleu sur de l’orange. Je m’immerge dans la couleur, c’est-à-dire dans tout le spectre chromatique en passant d’une teinte à l’autre. Je pense au vers de Lucrèce « Toute couleur peut se changer en toute autre espèce de couleur ». Et je pense aussi à tout ce que me suggèrent les vocabulaires français et chinois de la couleur. Le vocabulaire chinois m’a intrigué dès mon arrivée aux Beaux-arts de Xi’an deux ans plus tôt, notamment avec les différents noms du vert et du rouge, mais aussi avec danqing, littéralement « rouge/bleu-vert » ancien nom de la fresque polychrome. J’ai pris ce nom au pied de la lettre en peignant du rouge sur du vert ou inversement. Je me rappelle aussi avoir constaté que Matisse s’était permis de passer du bleu sur de l’orange. J’ai dès le départ choisi une texture « chiffonnée », la couleur plate me suggérant le vide, peu d’espoir de variation et de changement. Le vert des feuillages nous touche parce qu’il est multiple et mouvant.

Fin 2008 je reviens à Paris pour trois mois, je trouve l’occasion d’écouter les cours de Michel Pastoureau qui m’ouvre de nouveaux horizons et confirme mes intuitions. J’ai donc entrepris un master de recherche avec François Jeune à Paris 8, soutenu en 2010. Cette recherche nourrit mon travail pictural depuis maintenant six ans.

Présentation à l’exposition de groupe Choses lointaines, signes intérieurs (inédit), Suzhou, 28 Décembre 2014

[1] Ed. Autrement, Paris, 2001.

[2] In Écrits et propos sur l’art, Paris, éd. Hermann, 1972, 2005, p. 195.

《远物内像》开幕致辞——投入色彩

我的朋友程小牧博士邀请我参加《苏州日报》和“情调苏州”举办的《远物内像》展览,这是一次超越文化的艺术呈现,因为参展的艺术家中,五位中国艺术家都在法国学习生活过,而我作为法国人,曾经在中国生活过多年,在西安和长春的美术学院教授色彩。

再次穿越欧亚大陆,我感到十分幸运,在苏州这个文化古城与大家汇合,在最深沉的境界中相互理解和欣赏。前天晚上我们刚一到达,就被老城平面优雅的园林布局深深吸引,行走的人们悠然自在,给了我回家的安静。我在水声、鸟鸣和热烈多彩的树林下准备了我的发言,那位正在清理鱼塘的园丁令我去想象姑苏城的生活,或许这正暗喻了展览主题想要表达的那种远近关系。

苏州是中国古老文明的记忆,我发现文化仍然深深地扎根在日常生活中,过去在今天传递着生命力。就像昨天,我们去了民间艺术家顾金珍的苏绣工作室,她和儿女的作品精致高雅,用丰富的彩线表达了强烈的生命追求。他的儿子唐一均往来于中国和加拿大,将禅意融入他的油画和刺绣的多元体验之中。远在苏州,他们与我讨论的竟然是苏绣、弗拉芒绘画和印象派颜色的内在相通。艺术在这里成为超文化的精神结晶。

我在保持欧洲油画传统和哲学思考的同时,从唐诗中获得了“丹青”的感悟。刚刚我才知道狂草“癫人”张旭是苏州人,而他正是抽象艺术的激情大师。参展艺术家以各自独特的语言呈献了出其不意的视野,丰富了我们的世界感觉,制造惊奇,打破了中国文化只能由中国人展示,西方文化只能由西方人表述的简化线性思维。

这次展览让我们观望内心深处的人类情怀,带着独特的超文化创意,在高峰上握手欢庆。

2014年12月26日 于苏州李公堤艺术空间 于硕译

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