Peindre / exister

Peindre c’est marquer, laisser une trace, je le fais pour cette raison. Ou bien laisser bien plus qu’une trace, Thieri Foulc écrit : « Le projet est un moteur, vous entrez dedans et vous-même vous repeignez le monde (…). En réalité vous l’éliminez ».

Mes contemporains peuvent grandement m’apprécier, mais je me sens très souvent largement en – deçà des qualités qu’on me prête, régulièrement je disparais car tel Etienne Marcel dans Le chiendent de Queneau je redeviens un « être plat », bon pour reprendre l’existence à zéro. Si je suis « ému par un certain impact du monde » comme le dit Marc Desgrandchamps, je le recycle pour la plus large part. Le monde est de toutes façons sinon rigide efficacement rigidifié. Donc je peins pour dissoudre. Si tout flotte (comme les vérités de Zhuangzi) ou se remet à flotter, là vous pouvez construire. Quand je dis « vous », c’est bien vous autant que moi.

Cheng Dali a dit que mon travail est plein de nostalgie, il a vu juste. Peindre au lieu de faire autre chose c’est peut-être d’emblée nostalgique. De toutes façons c’est tourner le dos à la demande. Sauf qu’en Chine on est plongé dans l’impérieux consensus de la nécessité du « développement » à n’importe quel prix. Et quand on peint il faut rendre compte des malaises qui en découlent, mais ce n’est pas ce que je fais. Je prends cette situation de plein fouet, mais je ne réagis pas comme ça. Et chez mes regardeurs chinois c’est quasiment une belle unanimité : « C’est de ça que nous avons besoin ! Mais on ne comprend pas ».

Faire du non – fini, à l’ouest ça tient de la banalité, en Chine ça impressionne.

Je peins des jarres, mais je ne vis pas dans un musée. J’ai passé un an à Xi’an, il y en a plein les musées. Mais de l’Antiquité il reste là ce qui a été créé pour les morts, pas pour les vivants, alors que les quelques jarres d’Ensérune qui m’avaient ému avaient été faites pour les vivants. La ville en apparaît d’autant plus rigide, le développement (on ne précise pas de quoi) y est tout simplement brutal. Les étudiants y sont sans repères, ils flottent bien malgré eux, et ils le vivent mal. Mon effort vise à être à la fois à Xi’an et hors de la Chine.

Paris, 6 avril 2008 (inédit)

绘画/存在

绘画是标记,留下一点痕迹,这是为什么我要画。或者留下的比一痕要多一些,如啪嗒学院总督Thieri Foulc所说:“绘画是一个引擎,带你进入其中,你自己重画世界……。其实你把它抹除”。

Figure 22 啪嗒学院成员在方索画展上,巴黎2010年

Figure 22 啪嗒学院成员及方索弟弟万森在方索画展上,巴黎2010年

Membres du College de Pataphisique et son frère Vincent à l’expo de François à Paris 2010

我的同代人可以很欣赏我,但很多时候我觉得远远低于人们赋予我的品质,我经常会消失,就像格诺《冰草》里的艾蒂安·马塞尔一样重新变成“扁平”,以便从零开始存在。如果我“被世界有所触动”(Desgrandchamps),我会尽量将它再生利用。世界无论如何都是刚性的,要不就是被有效地刚性化。所以,我画是为了溶解它。如果一切都禀承天地之气而遨游世外(如庄子的真理),那么你就可以建设了。当我说“你”,这也是在说我自己。

程大利说我的画充满了怀旧,他是对的。绘画而不是做别的事,这可能一开始就是思乡。反正这是对被要求的事予以向背。在中国,人们陷入了不惜代价的“发展”必要性,那种共识是专横的。而当我们画的时候,必须考虑由此引起的种种不适,但这不是我所做的。面对这种鞭笞的局面,我却不作反应。我的中国观众几乎众口一词,“你画的正是我们需要的!但是,看不懂”。

未完成的作品,在西方司空见惯,在中国则令人印象深刻。

我画坛子,但我不进博物馆。我在西安住了一年,那里有很多博物馆,使得城市显得更加刚性,因为“发展”(没有具体说明是什么)简直是野蛮的。学生们迷失了方向,不管自己是否愿意都漂浮不定,活得不自在。

那些古代遗迹是为帝王陪葬的,而不是为了活着的人们。我看过地中海北部大希腊时代的古城昂塞鲁纳( Enserune),那里的坛子曾深深打动了我,那是为活着的人制作的,装粮食、盛水和葡萄酒,只有少数是为死者制作的。

2008年4月6日,巴黎绿房子,于硕译

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