Une de plus une de moins

Des jarres, depuis trois ans j’en ai peint des flopées, il serait temps d’arriver à peindre autre chose. Sous le crayon, sous le pinceau chinois les fragments et bribes de figures (bouffons, rhéteurs, oiseaux de tous noms, cabanons) viennent d’eux-mêmes, et pas besoin d’en rester là, la page, la feuille sont faites pour être tournées, au suivant !

Le châssis et sa toile fastidieuse à tendre, le pinceau à renourrir sans cesse c’est une autre paire de manches, « mes souhaits emplumez »[1] y ont moins de place où s’ébattre. Un peu plus d’un mètre cinquante par deux mètres et le temps de séchage à prévoir, l’heure est sinon grave, du moins un peu trop solennelle. La blancheur de la toile enduite est trop clinique, à couvrir au plus vite (coutumière impatience). Ce sera du sépia plutôt que du gris ardoise, à Xi’an l’obscurité est plus souterraine qu’aérienne ; à la brosse large agrémentée de quelques coups de balai pour donner l’ampleur nécessaire.

Une fois n’est pas coutume, différons la mise en place des grandes lignes, un pinceau plus fin gorgé de noir pour disposer à intervalles assez réguliers des fragments de formes, des germes. Chez les graphistes on appelait ça un semis. La main gauche du pianiste de jazz ne fait pas autre chose, accords plaqués jamais identiques ; Thelonious Monk s’offre aussi le luxe d’en faire autant de la main droite. Une fois que ça sera sec, je passerai un vaste glacis de brume, et puis un autre semis par-dessus, puis un vaste glacis nocturne (50% de noir, 50% d’outremer), et des modulations pour amorcer la convexité de la jarre, effets garantis.

Avant le glacis brumeux, il serait bon de rehausser le contraste, et puis deux couleurs de bribes c’est à essayer. Pour une fois assumer les contraintes de la juxtaposition, je suis fatigué, alors juste un peu comme fond en bas à gauche, du blanc avec un soupçon d’ocre, brume de Xi’an, et puis en autres bribes pour aller jusqu’au bord droit, il faut que ça traverse le tableau.

Quelques jours passent.

C’est sec, c’est donc à couvrir de mon vaste glacis, oui mais non. Pourquoi ? Parce que. Un ange passe, hirsute.

Parce que ça ne parle pas mais ça bruisse. Ma riche palette est pourtant restée au vestiaire. Je pourrais en rester là, less is peut-être bien more. Donc un tableau hors-série ?

Figure 25 Mouchetee deuxieme etat

Figure 25 : Mouchetée, deuxième état

Figure 26 Mouchetee 2007 195x162

Figure 26 : Mouchetée, 2007, 195 X 162cm

Mais si rupture il y a, la meilleure manière de l’imposer est de l’intégrer à la série. Alors inscription linéaire de la forme de la jarre, arabesque bleuâtre, un peu de chaud-froid ; et puis une option de séparation fond-forme, de nouveau en bas à gauche.

La jarre est bien là, on y entre on la traverse, elle est aussi insaisissable que celles des musées.

Au suivant.

Xi’an, 27 décembre 2007

[1] La formule est de Levasseur (1608), in Jean Rousset Anthologie de la poésie baroque française, Ed. José Corti p. 160.

 多一个少一个 ——《带花斑的古坛》

古坛,三年来我太多地游艺其中,该是画其它东西的时候了。铅笔、毛笔下自行冒出的是碎形片断(小丑弄臣、诡辩先生、无名鸟、小木屋),不需要在那儿滞留,册页、书画本来就是为了翻过去。下一篇!

再乏味也得把麻布绷到画框上,不停地给毛笔供给食粮,那可又是另一番春秋,“用羽毛装点我的期冀”[1],在这里少有用武之地。尺幅比1米5乘2更大一点儿,要算好多少天能干,这个时刻假如不是至关紧要,至少也庄严隆重。抹上去的白色太像病房,赶紧覆盖(惯常的急切)。用乌贼墨,而不是板岩蓝,西安的阴霾不象是天上的,更似地下发掘。用排笔,再用扫帚铺陈,以显示其必要的恢弘。

偶或一次,下不为例,咱们暂缓描绘轮廓。用饱蘸黑色的小号毛笔有序地布下碎形、胚芽、诱饵,因为惟妙惟肖的完形会令我失望。美工设计师把这种形式称为“播种”。爵士钢琴家的左手不做别的,只为弹奏各种不同的和弦;孟克(T. Monk)甚至奢侈地放任右手信马由缰。一旦干透了,我会涂上一层透明的轻雾,然后再次播种,再铺展大片透明的夜色(50%黑色,50%群情蓝),使色调抑扬顿挫,以便让坛子隆起,万无一失。

在涂透明轻雾之前,重新烘托对比是有益的,可以试试两种颜色的小块分布。接受并置的限制,也就是说,不能随处涂抹,每种颜色都各有其所,不该到别处捣乱,毛病经常出在这里,成了绘画动作或观看过程的羁绊。我开始疲倦,于是,就像画面左下角那样,只加一点儿白,掺少许赭色,西安雾霭,然后是其它小块的分布,延展到画面的右侧边际,一定要在画中穿越,从而将视线引向画面之外。

几天过去了。

干透了,可以涂大片透明色了。

是的,不。

为什么?

不为什么。

天使掠过[2],毛发蓬乱。

因为无法言与,只有飒飒之声。我的多彩调色板成了未出场的候补队员。浅淡的、浓厚的、晦暗的、分离的小色块充当了媒介,曾经被填满的底色重又变得空灵。塔皮埃斯(Tapies)谈过类似的体验:“曾经是炽热沸腾的,归入平息的沉默”[3]

Figure 25 Mouchetee deuxieme etat

Figure 20 带花斑的古坛 (创作中) Jarre mouchetée (2e phase), 2007, 195 X 162 cm

Figure 26 Mouchetee 2007 195x162

Figure 21 带花斑的古坛(完成) Jarre mouchetée (final), 2007, 195 X 162 cm

我可以就此打住,少,或许更多。那么,是系列之外的一个作品?

然而,假如有中断,最佳方式是将它置于系列中。于是,坛子的线描,阿拉伯风格的青蓝,有点儿热-冷,接着去分离底-形,再一次到左下角。

坛子就在那儿,人们进入它,从中穿过;而它如同博物馆中陈列的林林总总,也是不可触摸。

下一个。

07年12月27日草于西安,08年2月9日巴黎修改 于硕译

[1] 17世纪诗人勒瓦瑟(1608)的诗句,见J. Rousset 《法国巴洛克诗选》, Anthologie de la poésie baroque française, Ed. José Corti p. 160.

[2] 法文“一个天使掠过”(Un ange passe),意指突然出现的令人尴尬的沉默、停顿。

[3] Antoni Tapies, 《艺术实践》(La pratique de l’art, Gallimard, coll. Folio Essais p. 210.

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