Boîtes à l’être

Le tableau est un objet qui a son épaisseur, le châssis entoilé est beaucoup plus spécifique que la feuille de papier. Un papier de grande valeur n’en reste pas moins papier parmi une foule d’autres papiers. Un tableau occupe autant de volume qu’une centaine de peintures à l’encre de même format. Alors peindre sur châssis suppose une hiérarchisation de sujets, comme l’impitoyable écrémage d’un concours de Grande Ecole, pour savoir ce qui méritera d’être peint sur toile, au détriment de paquets d’autres possibles. J’en étais donc arrivé à une sorte d’exaspération, avec une forte tentation de monochrome, un besoin de travailler le tableau en tant qu’objet ambigu et de permettre une lecture aussi épaisse que lui.

L’épaisseur du châssis se voit sur le mur, il en est comme une portion saillante, ou bien fragment d’un autre mur. On se rend compte chaque jour de cette épaisseur dès qu’on en possède un petit stock ; envahissante quand on en possède un grand stock.

Le tableau est destiné à être accroché au mur, donc dans une architecture, et dans un volume presque toujours parallélépipédique. Que peut-il apporter à la vie orthogonale de ce mur ? Fonctionne-t-il comme un commerce de proximité ? Il en est de toute façon un acteur de terrain. Il est saillant, c’est en cela qu’il diffère de la fenêtre et que je le préfère sans cadre. Il a pourtant tendance à ouvrir sur un extérieur possible ou à faire venir des choses en avant. Sa littérale platitude permet de jouer sur cette ambiguïté, amplement développée par Escher.

Enfant, j’avais souvent un temps d’arrêt face à ces carrelages faits d’hexagones divisés en trois losanges égaux formant l’image d’un cube à la fois en creux et en saillie. J’ai un autre référent plus prégnant, du moins plus apparent dans mes pensées bien que lointain dans le temps : les complexes volumétries des villages blancs d’Andalousie, qui, grâce à un urbanisme chaotique se combinent à l’infini, maintenant la perception toujours en éveil. Ce n’est pas pour rien que sur trois cubistes deux sont espagnols.

Figure 11 Seville octobre 2014

Figure 11 : Séville, octobre 2014

Figure 12 Salteras, près de Seville juillet 2015

Figure 12 : Salteras, près de Séville, juillet 2015

J’ai donc repris le blanc grenu façon mur chaulé et le contraste bleu – orange. Le bleu est celui des azulejos qui courent en bas des murs et encadrent les ouvertures. L’orange se trouve entre la réflexion du couchant et les ocres qui parfois colorent la chaux. Un cube, un parallélépipède c’est une habitation, avec tout ce qui est caché et imaginé, ce qui furtivement en apparaît. Là-bas la rue est aussi un dedans, les conversations se font en parcourant cette volumétrie bordée de dentelles de céramique outremer, parfois engloutie dans le flot des paroles qui la mettent juste assez à distance et la nourrissent. Et la lumière n’hésite pas à en défaire un peu.

Figure 13 Grande Boite a l_etre diptyque 2003 162 X 260cm

Figure 13 : Grande Boîte à l’être, diptyque, 2003, 162 X 260cm

Figure 14 Les pretendants par le fond 2003 46x38

Figure 14 : Les prétendants par le fond, 2003, 46 X 38cm

Figure 15 Pretendants dans les plis 2004 100x81

Figure 15 : Les prétendants dans les plis, 2004, 100 X 81cm

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Figure 16 : Ruelle, 2003, 73 X 60cm

Je reste dans un entre-deux, ces tableaux sont des passages entre ici et autre part, prolongeant la matière et les formes potentielles du mur où ils sont accrochés. Verticaux comme la plupart des fenêtres, avec d’autres lignes verticales, horizontales, et des fuyantes.

Paris, décembre 2003

存在之盒

油画是一种有厚度的艺术品,绷了麻布的画框与画纸相比,十分不同。纸总是纸,哪怕价值连城。

一幅油画,相当于100张同样尺幅的宣纸水墨的厚度。那么,在框起来的画布上作画便特别需要抉择题材,如同法国高等精英学校的考试,毫不留情地淘汰,忍痛割爱,以便最终确定画什么。我曾因此感到恼火,产生过强烈的单色愿望,想把油画处理为在平面和厚度上模棱两可的东西,以便从中读出与之相应的深度。

画框的厚度在墙上很明显地凸出来,我们也可以将其视为某堵墙的一部分。只要墙上有了几幅作品,我们就不难意识到这一厚度;如果数量很多,就更会有种被侵占的感觉。

油画要被挂在墙上,所以是在建筑之中,而且几乎总是在一个平行六面体中。而画能给直角的墙带来什么新生命?它的作用是否像附近的便民店一样,在那里人们相遇寒暄?无论如何,画本身是一个积极的行动者。它是凸起的,因此它有别于窗户,也正因为如此,我才更喜欢不给它加外框,以使它保持向外部展开的潜在倾向,并任由它一开始就去吸引周围的事物。油画平面的朴实与这种无外框的含糊性可以构成某种游戏,这一点曾在荷兰画家埃歇尔(Escher)的笔下得到充分的展开。

童年时,我常久久地注视着那些由三个相等菱形构成的六边瓷砖,因为它们的视觉效果是立体的,一会儿像凸起,一会儿又像凹陷。我脑海中的另一个记忆,尽管久远,但现在却越来越清晰,那就是在西班牙安达卢西亚地区,那些构成各种复杂的几何形状的白色村庄。由于城镇的自然扩展,那些几何形建筑鳞次栉比,连绵交错。回顾西方绘画史,三个立体主义大师中有两位是西班牙人,这当非偶然。

Figure 7 在巴黎酒吧,2015年8月

Figure 7: 在巴黎酒吧,2015年8月 Dans un bar de Paris, août 2015

Figure 8 在西班牙塞维利亚2014年8月

Figure 8: 在西班牙塞维利亚,A Séville, Espagne, août 2014

我于是重新使用粒状的白色,如同白粉墙,蓝色与橙色对比,蓝色像青花瓷砖,沿墙脚铺展,橙色介于晚霞和赭黄之间,染暖石灰白。一个巨大的立体盒子,一个平行六边体,象征着居所,个中被隐藏和被想象的一切,悄悄地从内里透露出来。那消失在深处的街巷又似立体盒子的底部,萦绕着细声絮语的交谈。工匠用域外瓷砖给它镶上花边,此起彼伏的街市喧嚣将它淹没,这恰好拉开了它与外界的距离,滋养着它的厚重。阳光会不假思索地使它的某个点或面变形。

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Figure 9薄雾中的存在之盒,Boîte à l’être à brume, 2004, 73 x 60 cm

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Figure 10: 三棵树的存在之盒, Boîte à l’être aux trois arbres, 2003, 46 x 38 cm

Figure 11存在之盒-水壁,2006, 73 X 60 cm

Figure 11存在之盒-水壁,Paroi d’eau, 2006, 73 X 60 cm

我处于某种临近区域,介于……之间。《存在之盒》油画系列是此地和彼处之间的过渡,悬挂它们的墙提供了新的材质并延伸了它们潜在的形构。纵向如窗,参和着各种线条,竖的,横的,逃逸的。

2003年12月于巴黎

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